la première greffe française suscite l’espoir
A l’hôpital de La Timone, à Marseille, l’équipe de Louis Hoffart a greffé
sur un patient une cornée artificielle, provenant des Etats-Unis. C’est
une première en France et une étape importante car la voie alternative,
celle du greffon naturel, est rendue difficile par le manque de donneurs. La cornée est cette membrane solide et transparente, à la forme rebondie,
par laquelle entre la lumière. Elle est juste protégée par une couche
cellulaire et son rôle pour la vision est primordial. C’est la principale
lentille de l’oil, convergente dirait un spécialiste de l’optique. La
seconde est formée par le cristallin qui, lui, est souple, permettant de
faire varier le point focal et donc d’effectuer la mise au point (un
autofocus inventé il y a très longtemps). C’est à cause de la cornée que
nous pleurons car cette délicate lentille, qui n’est irriguée par aucun
vaisseau dans sa partie centrale, doit rester très humide (elle contient
78% d’eau). Côté intérieur, l’humeur aqueuse s’en occupe mais côté
extérieur, ce sont les glandes lacrymales qui l’arrosent copieusement.
De multiples raisons peuvent conduire à l’opacification de la cornée, un
traumatisme, une infection (par des virus, des bactéries ou des
champignons) ou une malformation d’origine génétique. La vision se
brouille et s’assombrit, comme si un voile venait couvrir l’oil.
Les cas légers peuvent être traités au laser, qui vient détruire, comme
avec un scalpel, les zones abîmées. Depuis longtemps, on sait aussi
greffer une autre cornée (c’est même la greffe de tissu la plus ancienne
que l’on ait réalisée chez l’homme). L’opération est techniquement bien au
point et les risques de rejet faibles grâce à la très faible
vascularisation de la cornée. Mais il faut un donneur…
Une solution pour de nombreux patients
L’Organisation mondiale de la santé estime à dix millions le nombre de
personnes atteintes, dans le monde d’une cécité due à l’opacification de
la cornée. Mais 100.000 seulement ont pu bénéficier d’une greffe,
essentiellement aux Etats-Unis. L’opération n’est cependant pas toujours
possible. Certains patients, en effet, présentent un risque de rejet
important et, surtout, la demande de greffons est plus forte que l’offre.
La recherche sur la cornée artificielle a donc été menée à bon train, en
particulier aux Etats-Unis, où des greffes sont déjà pratiquées depuis
plus de quatre ans. En France, c’est désormais chose faite. Au Centre
Hospitalier Universitaire de La Timone, à Marseille, au sein du service
d’ophtalmologie du professeur Ridings, le docteur Louis Hoffart et son
équipe ont utilisé une cornée artificielle fabriquée par l’entreprise
américaine Addition Technology.
Baptisée Alphacor, elle est constituée d’un gel fait d’un polymère, le
PHEMA (polyhydroxyéthyl méthacrylate). Autour de la partie centrale,
transparente, de 4,5 millimètres de diamètre, une partie spongieuse
favorise la colonisation par les cellules de l’organisme. Au total, le
diamètre est de 7 millimètres.
Le patient était aveugle d’un oil à la suite d’un accident – une
projection d’acide sur le visage. Un greffon naturel aurait eu beaucoup de
chances d’être rejeté car des vaisseaux avaient commencé à coloniser la
cornée brûlée et auraient généré une réaction immunitaire. La cornée
artificielle était donc la seule solution.
Cette opération ne restera pas unique puisque le docteur Hoffart a déjà
obtenu un crédit pour opérer neuf autres patients au cours de l’année. Ce
n’est donc qu’un début…
Source :futura-sciences.com
