Septième art chuchoté aux malvoyants

Le cinéma parisien L’Arlequin lance le premier festival pour malvoyants et aveugles sur une initiative de l’Association Valentin-Haüy. Voir un film au cinéma comme tout le monde et en discuter entre amis, c’est un
petit plaisir dont Jean-Marie Cierco, non-voyant, se sent exclu. « Je suis
très frustré lorsque le sens du film est dévoilé dans une dernière scène
muette. Pendant deux heures je me suis concentré pour suivre l’intrigue et la
chute m’échappe. » Parfois, sa femme lui chuchote à l’oreille quelques mots
pour l’aider à se représenter l’action. « Mais nous devons être discrets pour
ne pas gêner la salle. »

Pour lutter contre cette immense frustration que ressentent beaucoup
d’aveugles et de malvoyants, l’Association Valentin-Haüy crée le premier
festival de cinéma en audiovision. Pendant une semaine, sept films récemment
sortis sont à l’affiche de L’Arlequin. Casque sur les oreilles, les déficients
visuels peuvent découvrir L’Arnacoeur, Adèle Blanc-Sec, Arthur et les Minimoys
2, ou encore La Journée de la jupe, au prix d’un ticket normal, en compagnie
des autres spectateurs.

Une faible diffusion en France.

L’un des enjeux du festival est de faire connaître au grand public
l’audiodescription. Importé il y a vingt ans des États-Unis par l’Association
Valentin-Haüy, ce procédé consiste à insérer entre deux dialogues le récit de
l’action par une voix off. Si la technique est parfaitement au point, elle
reste confidentielle. Alors que l’Angleterre diffuse chaque année près de 150
oeuvres récentes, la France n’en adapte que 3 ou 4 visibles dans une dizaine de
cinémas.

L’Association Valentin-Haüy, qui a adapté 400 oeuvres, entend, grâce au
festival, faire changer les choses. « Nous voulons donner un signal fort aux
producteurs de cinéma en leur montrant qu’il existe une réelle demande du
public », explique Patrick Saonit. Le chef de projet audiovision de
l’association a en effet contacté les maisons de production de 50 titres.
Seulement 7 acceptent de participer à l’aventure, comme EuropaCorp, de Luc
Besson, et Chez Wam, d’Alain Chabat.

Une adaptation peu coûteuse.

« Beaucoup de producteurs prétendent que l’audiodescription est trop
dispendieuse. Faux ! », répond Patrick Saonit. Avec l’arrivée du numérique,
l’adaptation d’un long métrage coûte 5 000 euros et peut être facilement
rentabilisée par sa vente à une chaîne de télévision et au circuit du DVD.

Autre argument avancé par les producteurs : l’insuffisance de salles adaptées.
Une situation à laquelle les exploitants répondent en dénonçant la faiblesse
de l’offre. « Nous souhaiterions multiplier des rendez-vous pour les
malvoyants, explique Julie Jégo, responsable de L’Arlequin qui possède une
centaine de casques depuis 2003. Mais cela dépend des distributeurs. »
L’Association Valentin-Haüy espère que le festival brisera ce cercle vicieux
et encouragera le dialogue entre les différents acteurs de l’audiodescription.

La France, où vit 1,2 million de personnes malvoyantes, reste en retard par
rapport à ses voisins européens. Contrairement à La Berlinale allemande,
Cannes n’offrira pas de films audiodécrits aux cinéphiles aveugles.

Coline GARRÉ.

Sources : La-Croix.com

Audiodescription, Cécité et malvoyancePermalink

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>