Site internet de l’Etat: les malvoyants doivent pouvoir s’y retrouver

Les bâtiments de l’administration doivent être physiquement accessibles aux personnes handicapées. Il en va de même des quelque 20’000 pages et 7000 news du site internet de l’Etat de Vaud. C’est un travail de tous les instants, qui incombe aux contributeurs et contributrices web de l’Etat.
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LE PARI

Un article me concernant dans le matin bleu, un ancien journal quotidien gratuit qui n’existe plus.

AVEUGLE. Cédric Fardel, 19 ans, travaille au service informatique de l’Etat de Vaud, dans le cadre du projet «Accessibilité». Son rôle? S’assurer que le site www.vd.ch soit accessible aux personnes handicapées: non-voyants, handicapés moteur, etc. «Je suis passionné d’informatique depuis mes 13 ans, j’ai découvert cela lorsque l’école a installé des ordinateurs.»

Actuellement en stage de trois mois à Lausanne, l’Yverdonnois suit les cours de l’Organisation romande pour l’intégration professionnelle des personnes handicapées (ORIPH).
Son ordinateur ressemble à n’importe quel autre, avec un écran et un clavier normal. Un deuxième clavier traduit les textes informatiques en braille, ligne par ligne, 40 caractères au maximum par ligne. Une commande vocale explique le menu et les actions en cours.

Cédric Fardel a ainsi ouvert un blog dans lequel il raconte son quotidien, sa cécité, son chien… «L’informatique, c’est ma passion et j’aimerais en faire mon métier, dans le support helpdesk.»
Suite à une maladie d’enfance, il est devenu aveugle à 3 ans. «J’ai quelques volumes, ce qui est un avantage par rapport à un aveugle de naissance. Je me considère comme normal, j’ai des amis, je sors, je vais au cinéma…» Et il s’impatiente aussi lorsque son ordinateur est trop lent.
Son chien, «Neptune», un labrador, l’accompagne partout. «Il m’aide beaucoup, mais je dois lui donner les ordres en italien pour qu’il comprenne.» .M. H

La cécité et moi

Ce qui me plaît, c’est de mettre sur mon site des choses toujours nouvelles. On m’a dit que beaucoup de visiteurs pourraient apprécier que j’explique un
peu comment je vis la cécité. Certains peuvent en effet se demander ce que signifie être aveugle.

Atteint d’une vitréo-rétinopathie, j’ai vu très peu jusqu’à environ 3 ans et, depuis cet âge, il ne me reste plus qu’une très faible perception de la lumière.
Pour moi, être aveugle est donc quelque chose de normal, d’habituel, et, pour être franc, je ne me pose pas de questions. Ca ne me gêne pas qu’on me parle
du handicap, mais je n’y pense pas plus que la plupart des gens ne réfléchisse sur le fait d’y voir clair.

Oh, je peux reconnaître que je regrette bien de ne pas pouvoir envisager de conduire une voiture, comme d’accomplir d’autres choses où la vue est indispensable.
Un autre inconvénient, c’est pour les achats. Pour le pain, par exemple, s’il suffit de le demander à la boulangère, il en va tout autrement pour les vêtements
ou les articles qu’on ne trouve que dans les grandes surfaces. Autre chose me manque aussi, c’est de ne pas pouvoir lire les panneaux dans les rues ou
les inscriptions que vous rencontrez partout.

Par ailleurs, je n’aime pas bien me retrouver parmi des gens qui regardent et se passent des photos, surtout quand ça dure longtemps.

S’agissant de savoir comment on “voit” quand on est aveugle, si l’on est dans le noir, j’ai un peu de mal à expliquer la chose car je n’ai pas de point
de comparaison. En tous cas, je ne vois pas le noir. Je parlerais plutôt d’une impression de clarté ou d’obscurité. Un ami également aveugle qui a cette
même impression me dit qu’elle varie selon son humeur. S’il est de bonne humeur, l’impression est lumineuse ; s’il est d’humeur plus maussade, c’est l’obscurité
qu’il perçoit.

Enfin, je précise que je ne vis pas la cécité comme un drame, que je n’échangerais pas mon handicap contre un autre et que je considère donc qu’il y a toujours
pire situation que la sienne.

Maintenant, si vous vous posez des questions, n’hésitez pas à me contacter, ou à laisser un commentaire. Je tâcherai d’y répondre de mon mieux. Cela me permettra d’enrichir ce texte.

Aveugle et pourtant lecteur attentif de www.vd.ch

Cédric Fardel (accompagné de son chien-guide Neptune) vérifie que le contenu du site cantonal est accessible avec les moyens auxiliaires utilisés par les handicapés de la vue.

Depuis trois mois, deux fois par semaine, Cédric Fardel vient en train à Lausanne depuis Yverdon, puis prend le bus jusqu’à la rue Caroline pour rejoindre son poste de travail au sein des locaux de la Direction des systèmes d’information (DSI). Un trajet tout sauf banal pour ce jeune homme de 19 ans, handi- capé de la vue et secondé par son chien-guide Neptune.

Passionné d’informatique depuis l’ âge de 14 ans, Cédric Fardel a intégré l’équipe des cinq à six stagiaires travaillant sur le projet Accessibilité dirigé par Marc Johannot (voir La Gazette 174 du 13 mars 2006). Son rôle? Vérifier, à l’aide d’un lecteur d’écran couplé à un clavier braille, que les pages du site de l’État de Vaud sont parfaitement accessibles et compréhensibles par tous les malvoyants équipés du même système de décodage. «J’ai un grand plaisir à travailler ici, d’une part je me sens complètement concerné par les objectifs poursuivis et d’autre part, j’apprécie de pouvoir induire des améliorations grâce à mon expérience». Cédric Fardel espère aujourd’hui, après la fin de son stage, poursuivre une formation professionnelle en entreprise, en informatique évidemment.

Source :

Gazette de l’Etat de Vaud 9 décembre 2007

à propos

Cédric et ZoraJe m’appelle Cédric, , je suis né en 1988. Atteint d’une vitréo-rétinopathie, j’ai vu très peu jusqu’à environ 4 ans et, depuis cet âge, il ne me reste plus
qu’une très faible perception de la lumière.

Pour moi, être aveugle est donc quelque chose de normal, d’habituel, et, pour être franc, je ne me pose pas de questions. Ça ne me gêne pas qu’on me parle du handicap, mais je n’y pense pas plus que la plupart des gens ne réfléchisse sur le fait d’y voir clair..

S’agissant de savoir comment on « voit » quand on est aveugle, si l’on est dans le noir, j’ai un peu de mal à expliquer la chose car je n’ai pas de point de comparaison. En tous cas, je ne vois pas le noir. Je parlerais plutôt d’une impression de clarté ou d’obscurité. Je précise que je ne vis pas la cécité comme un drame, que je n’échangerais pas mon handicap contre un autre et que je considère donc qu’il y a toujours pire situation que la sienne.

J’ai le bonheur d’avoir un chien-guide qui facilite grandement mes déplacements. Concernant le site Internet, j’ai eu l’idée de le lancer en 2002 , notamment pour montrer que la cécité n’est pas un handicap aussi limitant qu’on pourrait le croire parfois.